…NE CHANTEZ PAS LA MORT …

 

 

 

 

NE CHANTEZ PAS LA MORT . 

 

 

Ne chantez pas la Mort, c’est un sujet morbide

Le mot seul jette un froid, aussitôt qu’il est dit

Les gens du "show-business "vous prédiront le bide »

C’est un sujet tabou… Pour poète maudit

La Mort… La Mort…

 

Je la chante et, dès lors, miracle des voyelles

Il semble que la Mort est la soeur de l’amour

La Mort qui nous attend, l’amour que l’on appelle

Et si lui ne vient pas, elle viendra toujours

La Mort… La Mort…

 

La mienne n’aura pas, comme dans le Larousse

Un squelette, un linceul, dans la main une faux

Mais, fille de vingt ans à chevelure rousse

En voile de mariée, elle aura ce qu’il faut

La Mort… La Mort…

 

De grands yeux d’océan, la voix d’une ingénue

Un sourire d’enfant sur des lèvres carmin

Douce, elle apaisera sur sa poitrine nue

Mes paupières brûlées, ma gueule en parchemin

La Mort… La Mort.

 

" Requiem » de Mozart et non Danse Macabre

Pauvre valse musette au musée de Saint-Saëns !

La Mort c’est la beauté, c’est l’éclair vif du sabre

C’est le doux penthotal de l’esprit et des sens

La Mort… La Mort…

 

Et n’allez pas confondre et l’effet et la cause

La Mort est délivrance, elle sait que le Temps

Quotidiennement nous vole quelque chose

La poignée de cheveux et l’ivoire des dents

La Mort… La Mort…

 

Elle est Euthanasie, la suprême infirmière

Elle survient, à temps, pour arrêter ce jeu

Près du soldat blessé dans la boue des rizières

Chez le vieillard glacé dans la chambre sans feu

La Mort… La Mort…

 

Le Temps, c’est le tic-tac monstrueux de la montre

La Mort, c’est l’infini dans son éternité

Mais qu’advient-il de ceux qui vont à sa rencontre ?

Comme on gagne sa vie, nous faut-il mériter

La Mort… La Mort…

 

LEO   FERRE   et JEAN ROGER CAUSSIMON .